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michelfarden
Description du blog :
Je travaille dans la bijouterie depuis 35 ans et je souhaite partager tout ce que j'ai vécu de drôle
Catégorie :
Blog Humour
Date de création :
19.11.2007
Dernière mise à jour :
04.12.2007
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Y'a pas d'obstacle

Posté le 04.12.2007 par michelfarden
Ce devait être aux alentours de 1980. La Reine d'Angleterre devait effectuer un voyage officiel aux émirats arabes unis à Dubaï plus précisément. A l'occasion de ce voyage officiel l'émir de ce pays voulant offrir des cadeaux comme il se doit. Il appela son joaillier M.Gérard à Londres. Celui-ci répercuta la demande à sa maison mère de Paris, et c'est ainsi que l'on vit un jour notre patron M. André VASSORT partir ventre à terre dans sa petite austin avenue Montaigne siège de la maison Gérard.

Il en revint avec une somptueuse commande destinée à la Reine Elisabeth. Il y avait dabord de menus cadeaux, un sac minaudière, c'est à dire un sac de forme ovale et assez plat en or, ouvrant sur un intérieur en daim avec une glace de Venise, des boutons de manchettes en or jaune restangulaires avec des saphirs baguettes ainsi que la montre assortie pour le duc d'Edimbourg, encore des boutons de manchettes avec la montre ronde en platine et diamants et enfin deux grosses pièces:


1 coupe en lapis lazuli faisant 50 cm de diamètre, (exemple de lapis sur la photo), cette coupe était entourée d'émeraudes cabochons et de turquoises, la coupe était maintenue par trois chevaux en or dressés sur leurs 2 pattes antérieures et se tenant dos à dos, le tout sur un socle en or encore avec des émeraudes et des turquoises. Je fus chargé de l'approvisonnement des turquoises et des émeraudes.

Mais c'est l'histoire du collier de perles que je voudrais vous raconter. Ces perles ovales et toutes baroques sont originaires de la mer rouge. Henri de Monfreid dans son livre les trésors de la mer rouge raconte tout le commerce de ces perles par des aventuriers. C'est perles, plus de 1000 nous sont parvenues à Paris non percées et en vrac. Il fallait monter un collier de perles de 7 rangs avec quelques étoiles en diamants de ci de là.

Tout dabord, le perçage des perles posa problème. A Paris, on nous demandait un délai exhorbitant. La solution fut trouvée avec un coursier devant emmener les perles au Japon pour les percer. Les japonais ne nous demandaient qu'une seule journée de travail. Le coursier faillit ne pas pouvoir revenir car les perles pesées par les douanes japonaises étaient forcément plus légères une fois percées. Les douaniers de voulaient plus le laisser repartir. Il fallut toute l'aide de l'ambassade de France pour débloquer le malheureux.

Une fois de retour à Paris, nous nous croyions sortis d'affaire lorsque l'enfilleuse de perles nous dit : " Attention un collier de 7 rangs doit être impeccablement ajusté. Connaissez vous le tour de cou de la Reine ainsi que son tour de poitrine, car les rangs descendant très bas doivent être ajustés en fonction, disons de l'ampleur de la gorge royale". Nous avons achetés des revues tentant d'interpréter les formes parfaitement invisibles sous des robes trop vastes.....il fallut demander via M. Gérard joaillier un rendez-vous à Buckingham palace. Ce fut un vendeur de M.Gérard qui s"y rendit et nous lui recommandâmes un rapide regard dans le décolleté de la Reine.

De retout il nous raconta la scène suivante: " Je fus introduis dans le boudoir de la Reine et celle-ci était accompagnée d'une dame de compagnie. Et au lieu de s'assoir au milieu de la pièce, elle s'est assise, contre un mur, et il a fallut que je me contorsionne avec mon centimètre pour ne pas passer devant ses yeux et mesurer son cou tout en donnant un rapide cou d'oeil dans le décolleté".

"Et alors ?" fut notre question anxieuse.

Il nous répondit d'un geste rapide de la main vers le bas et en emmetant un siffement: "Vous pouvez y aller les gars, y'a pas d'obstacle".

Ainsi fut confectionner ce collier pas trop tendu sur les fils puisqu'exempt de....disons de relief.

Si vous passez par Londres et que vous visitez l'expo des cadeaux reçus par la Reine, et apercevant le collier, pensez à nous pauvres joailliers devant déjouer tous les pièges tendus par notre aimable clientèle.



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TOUR DU MONDE

Posté le 27.11.2007 par michelfarden
BRRRR........qu'il faisait froid ce matin alors que je marchais en direction de la place vendôme. J'avais mis mon manteau le plus chaud et je me hâtais de me rendre chez Van cleef et Arpels avec une monture en or fraichement sortie des ateliers dans ma sacoche noire. VCA pour les gens du métiers, ainsi que je le raconte dans un autre billet fourni les pierres des bijoux que ce joaillier commande à divers ateliers fabriquants pour lui. Etre fournisseur de VCA confère une certaine notoriété........

Approchant de la boutique du joaillier et me préparant à entrer par la porte vitrée juste avant la boutique, je vis un négociant en pierres arriver en vélo, et déposant son vélo contre facade en pierre taillée de la célèbre place. A vrai dire, on aurait eu du mal à voir en lui un négociant en pierre. Il avait un paredessus râpé, un pantalon en tire-bouchon et un vieux châpeau graisseux sur la tête. Mon attention a été attirée lorsqu'il retira les pinces à vélos qui enserraient ses chevilles.

Je le dépassai et entrais dans l'immeuble. Après avoir traversé le hall de marbre et poussé un lourde porte vitrée, je montai l'escalier recouvert d'un épais tapis rouge. Je sonnai à l'entresol à la grille en fer forgée sur laquelle est inscrit en lettres découpées en métal VAN CLEEF et ARPELS. Après m'être annoncé, je me présentai à Monsieur Pfister, chef renommé du service des pierres précieuses du joaillier.

Son bureau était assez particulier. En fait il se trouvait dans une grande pièce appelée fabrication alors que rien ne s'y fabriquait, mais où tous les services ayant un rapport avec les fournisseurs extérieurs étaient regroupés. Tournant le dos à ses collègues, M. Pfister faisait face à ses interlocuteurs assis en face de lui devant une tablette pourvue de 4 tabourets verts. Une grille séparait le chef du service des pierres précieuses et ses différents visiteurs. Un petit guichet où seule une main pouvait passer permettait à M. Pfister de donner ou recevoir les pierres précieuses.

Après avoir enlever mon manteau, je m'assaillai, échangeant quelques considérations météorologiques avec M. Pfister et lui demandai un lot de diamants d'une certaine dimension. Mon interlocuteur prenait alors dans une valise en marocain ouverte à côté de lui un lot de diamants et me tendait un lot d'au moins 1000 carats de pierres. Mon travail consistait alors après avoir sorti les pierres de leur lot et les avoir mis dans un plateau, de sélectionner les dimensions et quantité de pierres pour nos ateliers afin que les montures en or soient serties. Nous étions comme je l'ai dit à l'entresol et par l'arrondi supérieur de la fenêtre dont la base au rez de chaussée consituait la boutique, je voyais entrer les clients accompagnés par le portier. J'en ai vu des rois des reines des gens célèbres ne se sachant pas observés par une foule de "petit personnel" travaillant dans l'ombre à fabriquer les objets de leurs rêves.

Travaillant depuis quelques minutes, je vis alors arriver le négociant en pierres qui après s'être installé à côté de moi et faisant face à M.Pfister, ouvrit un portefeuille à pierres pour présenter rubis, saphirs émeraudes etc... Toutes la journée, pendant que je triais les pierres quelquefois en compagnie d'autres maisons de fabrication venant faire elles aussi "leur marché", un défilé de négociants venait présenter toutes sortes de pierres et M. Paul ainsi qu'il l'appelait estimait les marchandises et les prix qu'on lui proposait. C'était quelquefois drôle parce-que certaines pierres venaient se présenter plusieurs fois avec différents prix de plus en plus rocambolesque, au fur et à mesure qu'elles avaient changées plusieurs fois de mains.

Mon négociant donc sortit de son portefeuille sentant le moisi des lôts de pierres que M. Paul refusa toutes. Il repartit la tête basse tout triste et cela me brisa le coeur. Je m'en ouvris à M.Pfister, le pauvre homme, je l'ai vu arriver avec son vélo rouillé, comme la vie doit être dure pour lui.
Monsieur Pfister s'esclaffa : "Lui, c'est un des négociants les plus riches de Paris, il vient de faire le tour du monde avec ses huits enfants en avion section 1ère classe" Je regardait M. Paul médusé. Plus tard j'eu en effet confirmation de ce que j'avais appris sur cet homme ce jour là.

Comme quoi l'habit ne fait pas le moine. En repartant, je ragardai dans mon porte-monnaie si j'avais une petite pièce pour me payer un ticket de métro.................

Pauvre petite émeraude !!!

Posté le 25.11.2007 par michelfarden


Après plusieurs années passées en atelier, mon employeur me proposa de travailler au service des pierres précieuses de l'entreprise. Cette maison de fabrication de joaillerie vendait ses propres créations avec des pierres précieuses et fines achetées aux négociants en pierres de Paris.

Mais nous avions plusieurs clients qui nous fournissaient leurs pierres. C'était Van cleef et Arpels, Boucheron, Gérard joaillier et nous devions aller choisir les pierres, diamants, rubis saphirs et émeraudes chez eux pour les fabrications qu'ils nous avaient commandées.

Chez M. Gérard joaillier, avenue Montaigne, je rencontrais souvent madame Profillet, patronne des ateliers du même nom situés rue Chabanais dans le 1er.

J'aimais beaucoup Madame Profillet. C'était une toute petite dame qui avait une certaine philosophie de la vie. Elle disait parfois,: "Zut! aujourd'hui ne n'ai pas rigolé et une journée sans rigoler est une journée de perdue".

Lorsque nous sortions ensemble de chez M. Gérard, elle m'offrait souvent de partager son taxi pour redescendre vers le quartier de l'opéra. Juste en face du joaillier se trouvait et se trouve toujours l'hôtel Plazza Athénée. Nous nous mettions juste avant le chasseur et lui piquions ses taxis!!!

Lors d'un retour vers le centre de Paris après une après midi passée à trier les diamants, madame Profillet me raconta une anecdote amusante.

A l'atelier un sertisseur était en train de terminer le serti d'un gros clip en diamant. Clip, c'est à dire une broche transformable en pendentif. Le sertisseur vint à manquer d'un diamant assez gros 4 mm pour terminer le centre du clip. Ca representait un grosse fleur en or blanc ou platine et ces diamants de 4 mm étaient au centre du bijou en guise de pistil.

Le taxi fillait à vive allure descendant les champs élysées, madame Profillet reprit. "Ce sertisseur était un excellent ouvrier, mais avec lui les dimensions des pierres n'allaient jamais. Il fallait toujours en changer une. C'était embêtant. Ressortir, aller à pieds chez Van cleef, reprendre une seule pierre et revenir. Ce jour là évidemment, le sertisseur vint trouver au bureau la belle-mère de madame Profillet et demanda d'échanger une pierre. Je ne me rappelle plus pourquoi reprit ma conteuse, mais il y avait du ramdam dans toute la maison. On cherchait un objet ou un papier égaré et nous étions toutes énervées.

La belle mère apostropha le sertisseur: "Qu'il y a-t-il encore ? vous n'êtes toujours pas content, il vous manque encore quelque chose ?"

Le sertisseur bredouilla: "ben il me faudrait encore une pierre"

La belle-mère explosa: " Y'en a marre, mettez ce que vous avez un point c'est tout !"

Le sertisseur : " Ah bon !" Et il tourna les talons.

Lorque le clip fût serti, poli, il arriva dans les bureaux pour être emballé et facturé. Mais là oh surprise, en plein milieu du clip parmi les gros diamants, il y avait une toute petite petite émeraude !!!!!

La belle-mère courrut à l'atelier pour savoir ce que faisait cette émeraude en plein milieu du clip, et le sertisseur répondit :

-" Ben vous m'avez dit de mettre ce que j'avais, alors j'ai mis ce que j'avais"

20 après Madame Profillet en riait toujours dans notre taxi et tellement de bon coeur, que je n'ai jamais oublié cette anecdote.

ATELIER

Posté le 20.11.2007 par michelfarden

La première fois que je mis les pieds dans un atelier de bijouterie, c'était en juin 1972. L'école était pour moi une torture, non pas l'apprentissage mais la compagnie des autres; je voulais prendre mon destin en main et travailler pour moi était une urgence.

Accompagné par mon père, je suis allé pour la première fois rendre visite à mon maître d'apprentissage. La maison André Vassort était à ce moment là à Paris, le plus grand atelier de fabrication de joaillerie. Il y avait 70 personnes à l'atelier. Entendez par là 70 personnes fabriquant des pièces uniques.

Après avoir bavardé avec Monsieur Vassort dans son bureau feutré une bonne demi-heure, mon père demanda de visiter les ateliers, ce que Monsieur Vassort ravi allait nous proposer. Nous avons donc quitté son bureau aux beaux lambris clairs, nous avons marché à nouveau sur le superbe tapis mauve dans lequel les talons des chaussures s'enfoncaient, et nous avons escaladé le petit escalier intérieur qui en 4 volées nous permis d'attendre l'étage des ateliers et là nous sommes entrés dans..........

Une grotte. Oui, une grotte, je crois que c'est le mot approprié qui convenait pour décrire ses ateliers. Tout dabord l'odeur. Une odeur de métal chaud, de cuir, d'alcool à brûler et autres acides. Les murs, jaunis avec des posters de femmes nues, les ouvriers assis les uns à côté des autres à un établi pourvu d'alvéoles devant lesquelles chaque ouvrier étaient assis sur un tabouret en bois.

Ce qui me frappa quand ils se levirent c'est leur blouse de coton blanc avec des trous dus à l'acide, je l'apprendrai plus tard; leur chemise cravate sous la blouse et leurs........jambes poilues qui dépassaient sous les blouses, leurs chaussettes en accordéon et leurs savates aux pieds........... On était au mois de juin, il faisait chaud, j'appris plus tard que chaque ouvrier pour ne pas abîmer son pantalon de ville et ses chaussures, se changeaient en entrant le matin à l'atelier et mettaient un vieux pantalon et des savates tout en gardant la chemise et la cravate, car on travaillait dans un atelier de joaillerie quoi merde alors................:)

Avant de visiter cet atelier, je m'imaginais un monde clean et sérieux comme l'horlogerie, et je n'imaginais pas que j'allais travailler durant 4 ans à côté d'un meilleur ouvrier de France chantant toute la journée: "Ca fait 50 ans et plus que j'me fais taper dans les baguettes, ça fait 50 ans et plus, que j'me fais taper dans l'troulalala troulala troulalère.

Et ouais c'est dans cette ambiance que les plus belles parures des grands de ce monde sont fabriquées. Imaginez si elle pouvaient raconter en plein cocktail tout ce qu'elles ont entendu.......

Farah diba

Posté le 19.11.2007 par michelfarden

Bien avant le début de mon apprentissage, la cour d'Iran informa ses fournisseurs de bijoux, qu'en 1967 Farah Diba serait couronnée à Téhéran. Les joailliers parisiens furent appelés à proposer des dessins, des maquettes, des devis.

Parmi tous ceux-ci Van cleef et Arpels appela le banc et l'arrière banc de ses fabricants, ateliers de joaillerie privés travaillant pour eux. Mon patron M.André Vassort proposa une série de dessins qui furent choisis par le Shah d'Iran.

Une équipe spéciale fut composée dans l'atelier. La couronne fut concue en platine. Comme les pierres précieuses ne pouvaient pas sortir d'Iran car ils servaient de garantie pour la monnaie iranienne, de nombreux voyages furent organisés entre Téhéran et Paris pour prendre l'empreinte des pierres avec du plâtre dentaire pour fabriquer ce que l'on appelle des réguls ou empreintes.

La monture fut prête au bout de quelques mois. Elle fut livrée dans un carton à chapeau chez Van cleef et Arpels. Une équipe de setisseurs, polisseuse et bijoutiers partit à Téhéran pour terminer la couronne.

Le sertissage se passat dans les sous sols d'une banque; les sertisseurs avaient une épuipe armée derrière leur dos pour les surveiller. Mon futur maître d'apprentissage, Michel De Bozzi, artisan en chef de cette couronne grava dans une sertissure d'une des grosses émeraudes: cette couronne a été fabriquée dans les ateliers de M. André VASSORT 34 rue ste Anne à Paris par M. Michel de Bozzi etc... sertisseurs M. Malet, polisseuse MMe Suzanne VOSSE. Bien sûr à ce jour les iraniens n'en savent toujours rien.

Ce qui posa le plus de problème, c'est que beaucoup d'émeraudes gravées étaient très ternes. Pour leur redonner de l'éclat, mon maître d'apprentissage glissa derrière elle, du papier chewing gum froissé pour qu'elles retrouvent du scientillant.

Comme quoi, il faut malaxer son chewing gum sept fois dans sa bouche avant de sertir une couronne !!!!

Fanfan

Posté le 19.11.2007 par michelfarden
Que je vous en raconte une bien bonne. L'autre jour, une de mes vendeuses Fanfan a enlevé ses bagues pour retirer les plateaux de bijoux de la vitrine pour les mettre au coffre.

Annick, une de ses collègues prend les bagues et me les lance pour que je les cache. Fanfan n'a rien vu, elle avait la tête dans le coffre.

Ne sachant où planquer les bagues, je les ai mises dans la plante verte. Annick et moi attendions patiemment que Fanfan se demande où étaient passées ses bagues....hihii

Mais voilà, ce samedi soir Fanfan sorti de la boutique quand elle eu fermé les coffres. Annick et moi nous interrogions du regard, mais que vas-t-elle bien faire ?

Fanfan est revenue dans la boutique avec...un grand seau d'eau et vlan, elle attrape la plante et la met dans le seau. Annick et moi nous regardions bouches grandes ouvertes et yeux ronds avant d'éclater de rire.

C'étaient vraiment des convulsions de rire et Fanfan du attendre un quart d'heure entre 2 crises de rire et larmes pour savoir que ses bagues étaient au fond du seau !!!!


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