BRRRR........qu'il faisait froid ce matin alors que je marchais en direction de la place vendôme. J'avais mis mon manteau le plus chaud et je me hâtais de me rendre chez Van cleef et Arpels avec une monture en or fraichement sortie des ateliers dans ma sacoche noire. VCA pour les gens du métiers, ainsi que je le raconte dans un autre billet fourni les pierres des bijoux que ce joaillier commande à divers ateliers fabriquants pour lui. Etre fournisseur de VCA confère une certaine notoriété........
Approchant de la boutique du joaillier et me préparant à entrer par la porte vitrée juste avant la boutique, je vis un négociant en pierres arriver en vélo, et déposant son vélo contre facade en pierre taillée de la célèbre place. A vrai dire, on aurait eu du mal à voir en lui un négociant en pierre. Il avait un paredessus râpé, un pantalon en tire-bouchon et un vieux châpeau graisseux sur la tête. Mon attention a été attirée lorsqu'il retira les pinces à vélos qui enserraient ses chevilles.
Je le dépassai et entrais dans l'immeuble. Après avoir traversé le hall de marbre et poussé un lourde porte vitrée, je montai l'escalier recouvert d'un épais tapis rouge. Je sonnai à l'entresol à la grille en fer forgée sur laquelle est inscrit en lettres découpées en métal VAN CLEEF et ARPELS. Après m'être annoncé, je me présentai à Monsieur Pfister, chef renommé du service des pierres précieuses du joaillier.
Son bureau était assez particulier. En fait il se trouvait dans une grande pièce appelée fabrication alors que rien ne s'y fabriquait, mais où tous les services ayant un rapport avec les fournisseurs extérieurs étaient regroupés. Tournant le dos à ses collègues, M. Pfister faisait face à ses interlocuteurs assis en face de lui devant une tablette pourvue de 4 tabourets verts. Une grille séparait le chef du service des pierres précieuses et ses différents visiteurs. Un petit guichet où seule une main pouvait passer permettait à M. Pfister de donner ou recevoir les pierres précieuses.
Après avoir enlever mon manteau, je m'assaillai, échangeant quelques considérations météorologiques avec M. Pfister et lui demandai un lot de diamants d'une certaine dimension. Mon interlocuteur prenait alors dans une valise en marocain ouverte à côté de lui un lot de diamants et me tendait un lot d'au moins 1000 carats de pierres. Mon travail consistait alors après avoir sorti les pierres de leur lot et les avoir mis dans un plateau, de sélectionner les dimensions et quantité de pierres pour nos ateliers afin que les montures en or soient serties. Nous étions comme je l'ai dit à l'entresol et par l'arrondi supérieur de la fenêtre dont la base au rez de chaussée consituait la boutique, je voyais entrer les clients accompagnés par le portier. J'en ai vu des rois des reines des gens célèbres ne se sachant pas observés par une foule de "petit personnel" travaillant dans l'ombre à fabriquer les objets de leurs rêves.
Travaillant depuis quelques minutes, je vis alors arriver le négociant en pierres qui après s'être installé à côté de moi et faisant face à M.Pfister, ouvrit un portefeuille à pierres pour présenter rubis, saphirs émeraudes etc... Toutes la journée, pendant que je triais les pierres quelquefois en compagnie d'autres maisons de fabrication venant faire elles aussi "leur marché", un défilé de négociants venait présenter toutes sortes de pierres et M. Paul ainsi qu'il l'appelait estimait les marchandises et les prix qu'on lui proposait. C'était quelquefois drôle parce-que certaines pierres venaient se présenter plusieurs fois avec différents prix de plus en plus rocambolesque, au fur et à mesure qu'elles avaient changées plusieurs fois de mains.
Mon négociant donc sortit de son portefeuille sentant le moisi des lôts de pierres que M. Paul refusa toutes. Il repartit la tête basse tout triste et cela me brisa le coeur. Je m'en ouvris à M.Pfister, le pauvre homme, je l'ai vu arriver avec son vélo rouillé, comme la vie doit être dure pour lui.
Monsieur Pfister s'esclaffa : "Lui, c'est un des négociants les plus riches de Paris, il vient de faire le tour du monde avec ses huits enfants en avion section 1ère classe" Je regardait M. Paul médusé. Plus tard j'eu en effet confirmation de ce que j'avais appris sur cet homme ce jour là.
Comme quoi l'habit ne fait pas le moine. En repartant, je ragardai dans mon porte-monnaie si j'avais une petite pièce pour me payer un ticket de métro.................